Ah mon séant !

Une petite histoire dans le coin de mon sourire… Que seules les marionnettes  féériques de la Nature savent nous offrir quand, délaissées une sombre après-midi d’hiver, elles décident de prendre un peu de bon temps et s’amuser d’un marcheur solitaire, un poil (mais juste un poil !) téméraire…
J’arrivai au seuil d’une curiosité géologique à flancs de colline : trois bons gros ruisseaux qui se rapprochent, font vaguement connaissance, échangent quelques murmures… mais sans trop de manières ni familiarités excessives, chacun restant à sa place et reprenant bien vite son cours…
Pour passer ces courants, trois ponts de pierre probablement construits par quelques cadiers aux XIXe siècle pour assurer la continuité du chemin et faciliter la descente de leur précieuse huile dans la vallée.
Dès le premier de ces ponts, je constatai qu’il était entièrement recouvert d’une fine plaque de gel uniformément répartie de telle sorte qu’il ne restait aucune prise ferme pour mes pieds. Peu confiant envers la solidité du parapet qui montrait de nombreux signes de fatigue et paresseux à franchir plus haut ou plus bas le cours d’eau bouillonnant pieds nus, je décidai de m’engager, séance tenante…
Sans aucun appui, il ne me restait qu’à m’en remettre à mon sens de l’équilibre et à jouer de mes bras pour assurer tel un funambule un semblant de stabilité… Mal m’en prit évidemment…
Arrivé à mi-parcours, ma jambe droite s’envola droit vers le ciel et me projeta sans hésitation en arrière pour me laisser choir en toute innocence bien à plat sur mon séant…
Comme un authentique bambin surpris de son audace, hésitant sur la mine à tenir face à une telle infamie…
Et pendant qu’une délicate – mais persistante ! –  sensation marmoréenne m’envahissait l’arrière-train, la glace se fendit d’une myriade de bribes zébrées au son d’une délicieuse mélodie craquelante… Une célébration toute musicale – presqu’un hommage ? – qui me laissa tout sourire, moi et mon derrière, tout benêts de leur maladresse…
Et c’est à ce moment précis qu’un loir en panique, tout occupé à fuir son poste d’hibernation, délogé par les “taïaut-taïaut !“ des chasseurs de sangliers postés en contre-haut, s’immobilisa net à mi-chemin du parapet et me contempla, le fragment du seconde, avec ses deux yeux qui respiraient la perplexité amusée.
“- Je t’ai vu !“, sembla-t-il me dire avant de reprendre sa folle course en avant…

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