Le Chant’heur

“Homme, il faut savoir te taire. Pour écouter le chant de l’espace.
Qui affirme que la lumière et l’ombre ne parlent pas.”

Poème Touareg traduit par Charles de Foucauld

CHAPITRE 1

Voilà un désert.
C’est une immensité
A la peau ridée
On a dit : c’est un désert ! Tu n’auras rien.
Tu porteras la malédiction des démons !
Tu seras vide pour l’éternité.
Alors le désert a souri de dunes en dunes.
C’était un long sourire qui ondulait
Il a dit : je vais tout te montrer…
Il a dit : donne-moi tes yeux
Et respire…

Et puis il y a un vieil homme
Il a un Imzad.
C’est un violon avec une seule corde
Il chante. C’est le Chant des Heures.
Il a des yeux bleus-blancs, ce sont des cascades.

Il est venu seul du fond des cieux
Sur un chameau à la bride dorée
Avec, cachée dans ses yeux
Une poudre de lumière sacrée

CHAPITRE 2

C’est une goutte de rosée.
Au bord d’un caillou, elle s’est allongée
Parfois passe le fennec
Avec son oreille, il la protège
Pour pas qu’elle ne s’évapore.
Elle le regarde d’un reflet reconnaissant
D’où viens-tu ?
Le jour, je flotte dans l’air.
La nuit, l’air se refroidit, alors je tombe.
Lui, il cligne de l’oreille.
C’est sa manière à lui d’être heureux.

Et puis il y a un vieil homme
Il a un Imzad.
C’est un violon avec une seule corde
Il chante. C’est le Chant des Heures.
Il a un nez en courbe, c’est la Lune

Surgi de derrière la dune
On ne connait pas sa demeure
A l’abri du clair de lune
C’est juste un Chant’Heur

CHAPITRE 3

Un palmier…
Et puis un autre
Ils ont poussé l’un tout contre l’autre
Un lâcher de vent les a plantés trop près.
Alors, le palmier Monsieur a poussé penché
Pour permettre à Madame de grandir droite.
Maintenant, il a souvent mal à son tronc.
Alors, Madame le caresse de ses palmes
C’est pour le soulager.
C’est pour le remettre sur pied
Ce sont deux palmiers amoureux.

Et puis il y a un vieil homme
Il a un Imzad.
C’est un violon avec une seule corde
Il chante. C’est le Chant des Heures
Il a des paupières, ce sont des citrons

C’est l’heure maintenant…
Petite, te voila baignée de chaleur
Il est venu le temps du bonheur
Ferme tes paupières, il est temps
A toi, les Etoiles d’Orient
C’est l’heure maintenant…

CHAPITRE 4

Un scorpion caramel
Il croise au large.
Il boite un peu à gauche.
C’est un souvenir de longs combats de jeunesse.
Aujourd’hui, il erre désœuvré.
Il est un peu fatigué de vivre.
Il voudrait que le fennec lui coupe la queue et le dévore.
Mais non, le fennec ne lui fera pas ce plaisir.
Tu paieras tes crimes, vagabond solitaire !
Et le scorpion rigole, rigole…
Mais cela ne se voit pas

Et puis il y a un vieil homme
Il a un Imzad.
C’est un violon avec une seule corde
Il chante. C’est le Chant des Heures
Il a une silhouette, c’est un reflet marin

Connais-tu bien, petit fille
Ce solitaire aux ombres bleues ?
C’est une légende, un fantôme
Qui vient le soir venu, tout en feu…

CHAPITRE 5

Un nuage…
Tous les soirs, il arrive du Levant
De loin, on dirait une barbe crémeuse
Il vient doucement
Il s’arrête au dessus du vieil homme
Il l’abrite pour la nuit.
C’est comme un toit.
Comment es tu fabriqué mon nuage ?
La vapeur rencontre de l’air froid là-haut dans le ciel
Elle se transforme en gouttelettes très serrées
Elles deviennent le nuage.

Et puis il y a un vieil homme
Il a un Imzad.C’est un violon avec une seule corde
Il chante. C’est le Chant des Heures
Il a des mains, ce sont de grands chemins

Donne-lui ta douce main
Donne-lui les yeux de ton cœur
Venu, reparti comme un rien
C’est juste le Chant’Heur

CHAPITRE 6

Un paradisier bleu !
Et il fait danser ses ailes…
Il soulève de grandes rasades de sable
Qui fondent en mille reflets
Comme une fontaine multicolore
D’ou viens-tu, bel oiseau ?
Je me suis égaré.
J’ai volé par dessus les Océans, par delà les grands fleuves
Je cherche l’inspiration,
Je suis étourdi
Comme tous les enfants du Paradis !

Et puis il y a un vieil homme
Il a un Imzad.
C’est un violon avec une seule corde
Il chante. C’est le Chant des Heures
Il a des cheveux, ce sont des perles de pluie

C’est l’heure maintenant…
Petite, te voila baignée d’Amour
Il est venu le temps tout velours
Ferme tes paupières, il est temps
A toi les Etoiles d’Orient
C’est l’heure maintenant…

CHAPITRE 7

Un cactus monte la garde
Il a l’air un peu fier
Avec ses tiges énormes
Comme une lance et deux poignards
Mais c’est d’eau dont j’ai soif ! chuchote-t-il
Je garde la pluie dans mon sein vert !
Parfois lui poussent des fleurs roses
C’est comme de grands yeux
Que fais-tu là immobile ?
Je dors debout
Je surveille mon ombre

Et puis il y a un vieil homme
Il a un Imzad.
C’est un violon avec une seule corde
Il chante. C’est le Chant des Heures
Il a des rêves, ce sont des rivières

Dors, dors c’est une belle nuit…
Au loin ce sont les Châteaux
Te voilà, princesse endormie
Et pourtant déjà à l’assaut !

CHAPITRE 8

Une brindille
Famélique, les bras en croix
Abandonnée par les siens
Elle flotte sur le sable au gré des vents
Comme une bouteille à la mer
C’est une brindille sans famille
Elle attend
Elle voudrait qu’on la libère
Qui viendra me cueillir
Viens mon oiseau de Paradis
Donne moi ton bec et fuguons !

Et puis il y a un vieil homme
Il a un Imzad.
C’est un violon avec une seule corde
Il chante. C’est le Chant des Heures
Il a des pieds, ce sont des forêts

A l’approche de l’Océan
Il marche sur les grèves
C’est comme un géant
C’est déjà un Rêve

CHAPITRE 9

Une Reine…
Son nom est Antinéa
Elle a des tresses de nacres
Sa peau est celle d’une panthère bleue
Elle règne sur les dunes…
Et aussi Essa et Hespéra
Ce sont des îles imaginaires
En plein désert
Ce sont des enfants qui les ont inventées
Ils les ont voulues si fort qu’elles existent
Alors Antinéa, maintenant, elle les protègent…

Et puis il y a un vieil homme
Il a un Imzad.
C’est un violon avec une seule corde
Il chante. C’est le Chant des Heures
Il a des dents, ce sont des aimants

C’est le sommeil qui vient
Dors, petit fille, dors
Donne moi ta main
C’est juste le Chant’Heur

EPILOGUE

C’est un vieil homme
Il n’a rien, juste un nuage pour maison
Il n’a rien, juste un Imzad entre les doigts
Il est seul, avec tous ces compagnons
Il est seul, dans tout cet endroit
Pourtant, il ne manque de rien !
Alors, il chante les Heures
Devant le cactus et le scorpion
Ils applaudissent avec leurs pinces et leurs branches
C’est son passe-temps
C’est le Chant’heur…

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