Des mots qui coulent de source

Quand un itinéraire m’amène à un commerce prolongé avec une rivière – qu’elle soit sereine ou impétueuse, dormeuse ou effrénée – je suis toujours saisi de son étonnante faculté de langage.
L’eau s’écoute avant de s’écouler…
Mais pour l’entendre, claire, il faut certes dépasser le brouhaha des torrents ou le silence trompeur des flots indolents. Sans me prendre pour un linguiste ou un anthropologue (et au risque de m’embourber dans une vilaine paraphrase de Bachelard !), je ne peux m’empêcher de penser que c’est l’eau coulante qui a sculpté nos langues mouvantes. A bien tendre l’oreille, l’eau est d’abord une voix liquide, qui draine le rythme, charrie des sonorités, alterne les débits. Elle est cri, murmures, soupirs ou monologues paresseux.
Mais, allongé au bord d’une de ses lèvres, je la vois aussi comme une Parole en construction, flottante, dépourvue de Verbe :un cadeau vierge offert à la seule Humanité pour qu’elle en fasse ensuite et, à sa guise, du sens. Ainsi le bruit de l’eau qui coule nous offre-t-il les voyelles (elles se caractérisent par un libre écoulement de l’air dans les cavités situées au dessus de la glotte) et celle qui butte sur un obstacle nous donne les consonnes (elles correspondent à une obstruction du passage de l’air dans ces mêmes cavités).
L’eau est le premier outil de nos mots.

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De l’haut delà…

Lorsque les grandes absences de la canicule assourdissent nos paysages et s’installent au seuil immobile de nos itinérances, il est doux de faire mémoire des marches sur la neige…
Celles des hivers sirupeux comme celles des longues hauteurs, damnées à l’Eternité, agonisantes de crasse minérale. Des cheminements blanchis qui entretiennent de savoureuses correspondances “génétiques“ avec ceux de l’été. Chaleur et neige font causse commune : elles aplatissent nos reliefs, nos envies et font le silence. En nous et hors de nous. L’une nous broie d’en haut, l’autre nous aspire d’en bas.
Tout à la fin, la marche est toujours un vertige.
De l’haut delà…