Quand ferme la chasse…

Il existe une période pour le marcheur à nulle autre pareil : la semaine qui suit la fermeture de la chasse…
Etrange parenthèse suspendue pour lui et toute la faune qui après des mois de stress, de fuites, de drames, de courses en avant, de hurlements revanchards semblent ne pas encore croire vraiment à ce cessez-le-feu suspect. Si les grands oiseaux se contentent de signaler notre approche à l’abri, les mammifères demeurent à l’affût, encore soigneusement invisibles depuis les chemins mais bien présents. Ils n’hésitent désormais plus à se remanifester qui par des grognements, qui par des branches froissées… comme s’il testait la véracité de ce traité pacifique… et que le randonneur itinérant, encore un peu incrédule, n’est pas un braconneur mais un simple compagnon tout à sa sérénité d’avoir retrouvé ses territoires pacifiés.
Puis progressivement, Printemps aidant, le grand orchestre de la Nature, rassuré et réaccordé par ses quelques gammes timides, lance sa saison ! Une farandole de couleurs, cris, chants, mélopées, murmures, souffles, ruissellements, larmes, paroles, rires indiciblement guidée par nos deux astres contraires.

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Marcher rend pauvre…

La marche est une forme de Pauvreté ; la plus évangélique sans doute. Marcher rend pauvre. Oui, parce que ce geste, originel (bien plus que le péché) qui poursuit comme une onde lumineuse sa marche à travers chaque marcheur, annihile toutes nos envies autres que celles qui lui sont directement nécessaires et qui sont donc des besoins (le trio : manger-boire-dormir). Quand je marche, j’apprends à me satisfaire – voire même à jouir – de ce que je vois, entends, sens… et à ne plus rien désirer d’autres que ce qui concourt à faire vivre de manière apaisée, sans frénésie, ce trio. C’est le spectacle du monde tel qu’il est (en pleine nature ou en ville) qui me rassasie et me comble.
Combien de fois me suis-je surpris à penser, en marchant, que je n’avais envie de rien ce qui paradoxalement m’a toujours rendu jubilatoire ! Et dans tout cet espace que la Pauvreté libère, il reste tout le temps de l’Autre… De la rencontre “parolée“ avec celui qui croise mes pas.
Une Parole née de notre silence qui enfante à son tour la rencontre avec mon prochain…
Comme je n’ai plus envie de rien, je suis tout à Toi.

Marcher la solitude

La marche solitaire nous dépouille… Je me suis toujours amusé de constater à quel point mon sac à dos est rempli de d’objets inutiles que je m’obstine à emmener de peur – probablement – que notre « avoir » de consommation me manque trop. La marche, non “sportifiée“ mais simple comme ses pieds, nous connecte à notre être biologique où aller de l’avant était la seule façon de rester en vie.
Si on accepte de se laisser surprendre par la cadence de se pieds et de ne plus écouter que le rythme profond de son soi, on s’apercevra également que les sensations de faim et de soif s’atténuent. On apprend peu à peu à se satisfaire du très peu, du juste nécessaire.
Notre être ré-apprend à vivre de moins d’envie, de moins d’agir, de moins penser. La solitude « mouvementée » par la marche construit une nouvelle dimension où le jeûne (de nourriture mais aussi d’actions et de pensées) nous rassasie.