Marcher n’est pas une quête, ni même une conquête.

Le marcheur au long cours est un mendiant… mais un mendiant placé dans une situation plutôt inhabituelle : celle d’avoir à refuser un trop plein d’offres ! La lenteur de la marche (comparativement à tous nos moyens modernes de nous « locomotionner ») qui nous autorise à tous les arrêts sans aucune autre forme de procédure a cette vertu unique de rendre tout accessible à « tire-pied ».
Il suffit de tendre la main pour que celle-ci se remplisse de tous les décors… Ceux des paysages et de l’âme.
Quand je marche, je n’ai plus cette sensation amère de l’échec ou cette jubilation éphémère du succès, ce contraste qui nous mène tout droit en mélancolie.
Quand, je marche, je n’ai véritablement rien à gagner, rien à perdre. Je fais le Chemin, je le déroule comme une longue scansion, le dessine et je le deviens même (quitte à “singer“ le Christ).
Quand je marche d’un endroit à un autre, j’emboite mes pas comme on le fait des mots pour faire des phrases. Le chemin que je suis est la nouvelle phrase qui me reste à écrire et à scander.
Lettre après lettre.
Marcher n’est pas une quête, ni même une conquête.
C’est notre nourriture depuis tous les temps.